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Islande : un second ballon récolté

Góðan daginn,

Les 22 et 25 juin 2015, j’ai eu l’occasion de rencontrer différents interlocuteurs dans le cadre du projet Ballons sans frontière. A la différence de ce que j’avais pu vivre au Népal (où j’avais passé beaucoup de temps à jouer au foot avec les enfants), cette étape islandaise m’a permis d’apprendre beaucoup sur le système scolaire et la place des jeux de ballons dans ce pays.

Des rencontres marquantes

Quatre rencontres m’ont permis de récolter de précieuses informations :

Palmi : employé par la ville à l’UMSB, il est responsable des activités sportives et de loisirs pour la ville de Borganes, située au Nord de Reykjavik. Pendant les vacances d’été (début juin à fin août), il est en charge de l’organisation et de l’animation d’activités de loisirs et sportives.

Hordur : manageur général d’une halte-garderie, il organise les activités de loisirs et de sports pour les enfants de 6 à 9 ans dans un quartier de Reykjavik. Si seulement une quarantaine d’enfants de 6 à 9 ans sont inscrits pendant l’hiver, ce nombre quadruple en été pour atteindre 175 enfants.

Linda et Telma : Linda est une maman ayant fait 3 ans d’études en France où elle a rencontré son mari. Revenu vivre en Islande, elle a eu Telma, aujourd’hui âgée de 10 ans qui a pu m’en dire beaucoup sur les jeux de ballons pratiqués pendant la récréation. Telma n’a pas la langue dans sa poche, et sa maman a souvent été reprise lorsqu’elle m’expliquait les jeux de son époque… et oui, les règles ont évolué depuis, et Telma veille à me les retranscrire au plus juste!

Si je vous demande vos dernières performances au Pókó, ou si vous étiez assez nombreux pour jouer au Skotbolti, sans oublier de me conter les moments les plus fous vécus au Stórfiskaleikur … sans parler du Prennibolti ou du Knattleikr. Alors, curieux d’en savoir plus?

Le rythme scolaire

L’école est obligatoire jusqu’à 16 ans et a lieu du lundi au vendredi. Il semble qu’il y ait peu d’écoles privées dans le pays. De 6 à 9 ans (grade 1 à 4), la journée de cours débute à 8h30 et se termine à 13h30. La recréation a lieu de 11h10 à 11h40, suivi d’une pause repas de 20 minutes. L’après-midi, de 13h30 à 16h/17h, les enfants partent en halte-garderie où un bus vient les chercher pour les amener aux activités sportives ou culturelles. A noter que la mairie de Reykjavik apporte un soutien financier aux familles via l’attribution de bourses annuelles permettant de rémunérer la halte-garderie.

Pour les 10 à 16 ans le principe est le même, seule l’amplitude horaire change : la journée démarre à 8h10 pour se terminer à 14h, la halte-garderie n’étant plus proposée à ces classes d’âge, les enfants s’inscrivent librement aux activités sportives et culturelles, ou bien rentrent chez eux.

Les vacances d’été s’étalent cette année du 4 juin au 26 août. Les écoles ferment également une semaine pour Noël et une semaine à Pâques. Deux ponts ont également lieu deux fois par an, offrant une pause de 4 jours.

La place du sport

Deux fédérations islandaises permettent la pratique du sport :

la fédération olympique pour la pratique du sport en compétition, l’UMFI pour une pratique moins compétitive, favorisant la promotion du sport en général, accueillant des bénévoles et organisant des camps d’été.

Le football reste le sport numéro 1 pratiqué dans le pays. Cependant, selon la région visitée, le classement du sport le plus pratiqué varie de façon significative.

Ainsi, dans le quartier de Reykjavik où j’ai rencontré Hordur, le basket et le handball restent un peu en retrait (seulement deux paniers de basket contre 6 cages de foot), bien que pour le handball, cette remarque ne s’applique pas à tous les quartiers de la capitale islandaise. Détail important pour ce quartier, et qui semble se généraliser sur l’ensemble du pays depuis quelques années, la proportion de filles de 6-9 ans inscrites aux sections sportives pour ces sports collectifs est en forte augmentation.

A l’inverse, dans la région de Borganes, plusieurs activités sont pratiquées : golf, football, basket, course, natation, athlétisme, équitation. Les 3 sports les plus populaires sont des sports collectifs : basket, foot et hand. Environ 150 enfants de 6 à 15 ans pratiquent le foot, ils sont entre 200 et 230 à pratiquer le basket. Le handball est beaucoup plus pratiqué dans la région d’Akureyri, au Nord de l’île (c’est la capitale de la région Norðurland eystra).

Une fois par an, lors des Olympiades organisées pour les 10-11-12 ans, c’est l’occasion pour les classes de s’affronter. Chaque enfant doit y participer, des épreuves aménagées étant proposées aux élèves handicapés ou ayant des difficultés motrices.

Les sports plus extrêmes (surf, skateboard, char à voile, windsurfing…) sont peu développés. Cependant, l’intérêt croissant pour ces pratiques a incité une délégation de la ville de Borganes à se rendre au Danemark début 2015 afin d’étudier la place de ce sport dans la société, et d’échanger sur la gestion qu’en fait la municipalité. Au dire de mon interlocuteur, il y a fort à parier qu’un skate park devrait voir le jour sous peu à Borganes.

Concernant le football, de nombreux tournois sont organisés sur l’île, chaque ville organisatrice accueillant une classe d’âge. Par exemple, le weekend suivant ma visite, un tournoi rassemblant 2000 enfants était organisé à Borganes. Malgré les conditions climatiques compliquées, le foot se pratique quasiment toute l’année, sauf en cas de tempête ou d’enneigement excessif (ce qui reste rare pour les communes visitées). De nombreux terrains synthétiques sont chauffés grâce à la géothermie (cas du terrain de Borganes). la fédération de football finance la construction de terrains dans les petites villes. En termes de médiatisation, l’ensemble des matchs masculins sont retransmis alors que les matchs féminins commencent à l’être. Le championnat de foot est beaucoup suivi, la Premier League (1ere division, aussi appelée localement Úrvalsdeild karla í knattspyrnu) est un championnat semi-professionnel regroupant 12 équipes. Viennent ensuite les divisions 2 (12 équipes), 3 (10 équipes) et 4 (niveau régional). La ville de Reykjavik compte une dizaine d’équipes de foot, d’où les nombreuses moqueries entre supporters sans que cela ne dégénère. Le footballeur le plus populaire en dehors de l’île est Eidur Smári Guðjohnsen, passé par Chelsea, Barcelone puis Monaco courant 2000.

Jamais qualifiée pour une phase finale d’un tournoi majeur, l’équipe d’Islande nourrit aujourd’hui de grands espoirs pour rejoindre la phase finale de l’Euro 2016. En effet, elle est en tête après 6 journées d’un groupe pourtant relevé, constitué entre autre de la République Tchèque, des Pays-Bas et de la Turquie.

Les sorties scolaires

Le pays en proie à une violente crise financière débutée en 2008 se relève péniblement. Sans rentrer dans l’analyse de la gestion de la crise (fortement intéressante au passage), la population n’a pu maintenir son niveau de vie d’antan. Désormais, seules quelques écoles privilégiées organisent toujours des vacances au ski, les autres se contentant d’organiser des sorties à la journée. Les établissements scolaires participent activement aux campagnes de reboisement du pays et chaque année, une poignée d’élèves par établissement est sollicitée pour aller planter des arbres.

Le Projet

Bien qu’elle fût indécise et compliquée à finaliser, la richesse et la diversité des informations collectées valident la réussite de cette étape islandaise. S’il a été plus compliqué d’échanger avec les enfants, la disponibilité des encadrants m’a permis d’en apprendre énormément sur le système scolaire et les activités extra scolaires. De nombreux jeux m’ont été décrits et j’espère pouvoir les faire partager lors des futures étapes du projet.

Cette étape m’a donné l’occasion de rencontrer des équipes féminines en sport collectif, un symbole assez fort dans un pays où la pratique du sport par les filles est en pleine expansion. Pour cette étape, les enfants ont enfin pu recevoir un dessin (merci à Sophie)… ce qui a généré quelques jalousies pour ceux n’ayant pu le récupérer !!!

Concrétiser une étape pour Ballons sans frontière, c’est un peu comme participer à un marathon chaussé de palmes. On peut y mettre toute la bonne volonté du monde, établir les contacts longtemps en avance, mais rien ne fonctionne comme prévu et c’est au dernier moment que tout se décante… ce moment fatidique où l’envie d’abandon a déjà plusieurs fois trotté dans la tête. Il y eut deux spécificités pour cette étape islandaise.

  1. De nombreux contacts avaient été établis en amont du séjour (jusqu’à 3 mois avant le départ), tout se passait bien jusqu’à ce que je ne reçoive plus une seule réponse à mes sollicitations ! Le fait que l’année scolaire touchait à sa fin, et que les centres de loisirs prennent le relais pour l’encadrement des enfants, n’est peut-être pas étranger à ce silence. Il a donc fallu faire preuve d’audace, et avec un poil de culot, j’ai réussi à obtenir des premiers contacts à Borganes, puis à Reykjavik en réactivant des contacts établis en mai, puis ENFIN des réponses, et des adresses pour rencontrer des acteurs œuvrant dans le secteur de la jeunesse.
  2. Mais encore fallait-il établir un premier contact avec ces interlocuteurs et décrocher une rencontre.Les Islandais n’étant pas réputés pour leur chaleur et leur sociabilité, je suis passé par quelques moments de solitude. Mais comme souvent, ce n’est qu’une première impression, et une fois les rendez-vous fixés, j’ai pu rencontrer des personnes très disponibles, passionnées par leur métier, et désireuses d’échanger un maximum pour m’aider dans mon projet mais également curieuses de connaître les pratiques françaises. J’ai même réussi à arracher quelques sourires, et rien que pour ça, cette étape fut une réussite ! (bon, j’exagère quand même un peu).

7000 km les sépare… le jeu les rapproche

Cet été, je suis parti travailler deux semaines avec des enfants de 6-10 ans dans les Alpes Maritimes. L’occasion était trop belle de faire le lien avec Ballons sans frontière. Nous avons donc pris quelques instants pour qu’ils me décrivent leurs regards sur la situation des enfants dans le monde et échanger sur leurs connaissances du monde,… Je les ai laissé parler. Comme souvent, ils m’ont impressionné par la pertinence de leurs remarques, leurs curiosités, et tout simplement par leurs connaissances. Ce fût alors l’occasion de parler un peu du Népal, et de leur expliquer ce qu’était une Csunzi ball, cette balle que nombre d’enfants népalais fabriquent eux même. Intrigués par cet objet, il n’a pas fallu longtemps pour qu’ils souhaitent en fabriquer une. Au total, une vingtaine de balles ont été créées. Il faudra cependant un peu de temps avant que ces apprentis jongleurs arrivent à concurrencer les Népalais, mais vu la motivation et l’envie qu’ils mettent pour maitriser cette nouvelle balle, il serait intéressant de les revoir plus tard pour juger des progrès réalisés.


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