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Birmanie : sept balles de cristal réunies

Mingalapar, (cliquez ici pour visualiser la traduction en Birman)

Cette fois c’est en Birmanie (Myanmar) que Ballons sans frontière a fait escale. Arrivé à Yangon (Rangoon), je reprends le bus pour un long voyage de 16h. Quelques arrêts et visites plus tard, c’est dans la ville de Bagan qu’une école a bien voulu nous ouvrir ses portes.La Birmanie est un pays qui s’est ouvert récemment au tourisme. Les événements tragiques qui s’y déroulent depuis plusieurs mois ont fortement impacté l’image du pays, et le nombre de touristes a été fortement réduit. Mais ne parlons pas géopolitique, concentrons-nous plutôt sur certaines spécificités du pays : en Birmanie le volant est à droite, et on roule… à droite ! Il y a un rocher couvert de feuilles d’or, qui se maintient en équilibre grâce à un cheveu de Bouddha (si si !). La semaine a évidemment 8 jours, le mercredi comptant pour deux (matin et après-midi) car c’est le jour de la naissance de Bouddha. Il y a une pagode (édifice religieux) à Yangon qui est recouverte de feuilles d’or… dont le poids cumulé excéderait les 700 kg ! Enfin, la Birmanie affiche une des plus grandes diversités ethniques au monde : 135 groupes ethniques sont officiellement recensés, totalisant une centaine de langues et de dialectes différents.

A 600 km au nord de Yangon, se trouve le royaume de Bagan (Pagan). C’est une région fascinante : site archéologique à ciel ouvert où s’étalent des milliers de temples, parfois millénaires, sur une poignée de km². L’architecture est incroyable : il y a des temples dorés, d’autres en pierre, certains sont majestueux alors que les plus modestes tombent à l’abandon. Il est possible de quasiment tous les visiter (ça prend beaucoup de temps !) mais il faut faire très attention : des séismes récurrents ont fragilisé certaines structures, et la visite se faisant pieds nus pour respecter les traditions, il faut bien penser à se munir d’une lampe torche car il n’est pas rare de croiser certains locataires (écureuils, oiseaux, chauves-souris et surtout des serpents).

En Birmanie, en dehors des zones touristiques, il est très compliqué de communiquer en anglais. Je m’en suis aperçu en me rendant à l’école la veille, afin de présenter mon projet et d’organiser l’échange des ballons. Du coup, je suis parti à la recherche d’un « traducteur ». C’est ainsi que j’ai fait connaissance de Min-Aung, qui a été emballé par le projet, d’autant que deux de ses filles sont institutrices dans la région. Il est 13h30 le jeudi 30 novembre 2017, lorsque je me présente au bureau de la directrice de l’école primaire Dhiri School-Bagan accompagné de Min-Aung.

La visite de l’école et la remise des ballons

L’école de Dhiri School-Bagan compte 160 élèves âgés de 5 à 12 ans. Après avoir discuté pendant 1h avec deux enseignants autour d’un lépeyé (thé au lait) et de spécialités, il faut se diriger dans la cour de l’école où deux classes de CM1 sont présentes. Disciplinés, les enfants attendent sagement que je les rejoigne avec leur instituteur. Certains ont le visage marqué de peinture : c’est en fait du tanaka, un produit issu de la sève de l’arbre éponyme, très utilisé pour se protéger du soleil et réhydrater la peau. L’échange de ballons se poursuit dans la bonne humeur. Et cette fois, une petite nouveauté : j’avais plusieurs dessins à distribuer (je vous expliquerai ça au plus vite dans un récit à venir). Il a fallu faire face et parfois même tempérer l’engouement des enfants, mais ce moment partagé pendant la récréation restera un instant fort de ce projet, et même de ce séjour. Une fois les ballons échangés, les enfants m’ont invité à participer à une partie de foot pendant que l’enseignant distribuait les dessins.

Cette nouvelle étape du projet Ballons sans frontière fut donc intense. Au moment d’écrire ces lignes, je me remémore ces instants parfois fuguasses de complicité, emplis de rire et de joie. Notre association, évidemment, ne changera pas le monde, mais ces instants d’humanité et de plaisirs simples valident les orientations que nous souhaitons donner à Ballons sans frontière : on découvre, on joue, on partage, on échange !

Le système éducatif

La Birmanie, qui était l’un des pays les plus riches de la région dans les années 1950, est aujourd’hui classée dans la catégorie des pays les moins avancés. Après 50 années de dictature militaire, le système éducatif souffre de nombreux maux : un budget 2 à 3 fois moindre accordé à l’éducation en comparaison des dépenses militaires, un apprentissage par cœur empêchant le développement de la pensée critique et créative, des salaires très faibles, des universités délaissées. Cependant des efforts sont entrepris depuis 2012 avec l’embauche de nombreux professeurs et la revalorisation des salaires, la mise ne place de systèmes de bourses, l’augmentation des dépenses pour l’éducation atteignant 11% du budget national : ce chiffre est à relativiser car les faibles taxes ne permettent pas de grosses rentrées d’argent. Ainsi l’éducation représente 1.5% du PIB (UNICEF 2013). Depuis 2012, l’accès au système scolaire est gratuit jusqu’à la fin du secondaire, mais le coût de l’uniforme et des diverses fournitures scolaires reste à la charge des familles, et représente souvent un frein à la poursuite des études.

Le système éducatif demeure marqué par l’influence qu’a exercé le Royaume-Uni. Si la maternelle reste optionnelle, l’école est obligatoire en primaire (Primary school, 5 ans à 9 ans). La fin du cursus est sanctionnée par un examen écrit de compréhension. En cas de succès, les écoliers accèdent à la première phase du système secondaire (Middle school, de 10 à 13 ans). La fin du cursus est également sanctionnée par une série de 8 examens. S’ils réussissent, ils peuvent alors accéder au niveau supérieur (puis High school, grades 9 à 11, 14 à 16 ans) où le choix d’une spécialisation se dessine : arts ou sciences, avec des disciplines communes telles que les mathématiques, l’anglais et le birman. Un examen sanctionne la fin de cette période d’études, permettant une orientation vers l’université ou les écoles. L’équité des chances n’est pas respectée après le secondaire (Middle school) : être de « bonne famille » ou avoir un lien familial avec une personne du gouvernement garanti l’accès aux meilleures structures, même en cas d’échec aux examens.

L’enseignement, principalement dans les zones rurales, est difficile. Les enseignants diplômés ont tendance à se rendre dans les villes principales. Par conséquent, ce sont surtout des volontaires non diplômés, qui éduquent les villages. Les difficultés sont nombreuses : il faut être capable de parler la langue locale (pour rappel, il y a plus de 135 groupes ethniques recensés officiellement dans le pays), en cas d’absence il n’y a pas de remplacement ce qui est donc fâcheux pour les écoliers, et dans de nombreuses zones les enfants vont à l’école lorsque leur présence n’est pas nécessaire pour aider leur famille dans les champs ou pour l’élevage. Ainsi, le décrochage scolaire est important, notamment pour les classes les moins aisées : 1/3 des 1.2 millions d’écoliers terminaient le niveau supérieur en 2012 et 1/3 de ceux-ci obtenaient leurs examens pour rejoindre l’université. Selon l’UNICEF, 4 millions des 11,8 millions d’enfants birmans âgés de 6 à 15 ans travaillent.

Il faut aussi noter que traditionnellement, les habitants demeurent dans leur village de naissance ou à proximité même une fois mariés, ce qui ne facilite pas les choses si le système éducatif est défaillant dans une zone donnée. Reste alors l’alternative des monastères qui gardent un rôle dans l’instruction des populations n’ayant pas accès à l’école publique : les jeunes sont pris en charge gratuitement et obtiennent des bases scolaires telles que la lecture et l’écriture. Ce passage au monastère n’engage en rien : 75% de ces jeunes reviennent à la vie civile avant 14 ans.

Si l’on trouve une école primaire (Primary school) quasiment dans chaque village, les établissements accueillants les niveaux supérieurs sont plus rares. Dans la région du lac Inlé, j’ai rencontré des enfants qui suivaient la voie ferrée pendant 45 minutes avant d’arriver à leur école. Il faut ainsi compter 1h – 1h30 pour se rendre à l’école, les habitations étant réparties dans une zone montagneuse.

A l’école primaire de Bagan, les cours débutent à 9h et se poursuivent jusqu’à 11h45. Il y a une pause repas jusqu’à 13h, puis les enfants reprennent l’école jusqu’à 14h30 pour finir par une récréation. L’école ferme à partir de 15h00.

Les vacances sont les suivantes : 1 semaine en octobre pour la pleine lune Thadingyut, 2 à 3 semaines en décembre-janvier pour les fêtes de fin d’année (+ nouvel an Karen), 2 semaines en avril (dont la célébration de la fête de l’eau Thingyan, suivie du nouvel an birman). Les grandes vacances s’étalent de fin juin à mi-août.

La place du jeu

Les activités sportives ont une place importante dans la vie locale. Si le football reste le sport le plus populaire du pays, il est fréquent de voir des matchs de Chinlone, et à un degré moindre, de volley ou badminton, s’improviser un peu partout dans le pays. Plus élitiste, le golf semble également rencontrer un franc succès. Une courte vidéo permet de mieux comprendre à quoi ressemble ces jeux. Pour découvrir les joueurs en action, c’est ici.

Le Chinlone, c’est un jeu indigène très populaire en Birmanie pratiqué par nombre de personnes. Vieux de 1500 ans, sa pratique serait fortement influencée par les arts martiaux ainsi que les danses du pays. Il met en avant la dimension esthétique du jeu plutôt que l’adversité. Pour le pratiquer, les joueurs forment un cercle et l’un d’eux se positionne au centre. Le but est de se passer la balle sans utiliser les mains et sans qu’elle ne touche le sol, de la façon la plus créative possible. Il est fréquent de voir enfants et adultes des deux sexes pratiquer cette activité ensemble. Pour visionner à quoi ressemble ce jeu, c’est ici.

De mes observations, la pratique du Chinlone semble avoir évolué en Birmanie. Il est plus fréquent de voir deux équipes s’affronter sur un terrain dont les dimensions et la hauteur du filet s’apparentent à ceux du badminton. Chaque équipe ne peut toucher la balle qu’un maximum de 3 fois successives. Cette façon de pratiquer se rapproche fortement du Sepak takraw thaïlandais (celui-ci étant plutôt pratiqué dans la jungle birmane). Il est fréquent de voir des paris entre participants pendant les parties opposant deux équipes.Lors d’un trek pour rejoindre le lac Inle, effectué dans la région de Kalaw, ma guide Anastasia m’a permis de découvrir plusieurs jeux qui ne se pratiquent pas avec des ballons, mais il me semble tout de même intéressant de les présenter ici. Son aide fut très précieuse : elle a pu me raconter les jeux qu’elle pratiquait plus jeune dans son village, mais elle m’a surtout aidé à comprendre un jeu que m’a expliqué une directrice d’école primaire rencontrée pendant le trek, qui ne parlait pas anglais.Pendant que nous suivions une voie ferrée, elle m’a montré un jeu qu’elle pratiquait beaucoup avec ses amies. En se servant de petits cailloux ramassés sur la voie, elle commence à en lancer un en l’air, et avant qu’il ne retombe elle en récupère un qui est au sol puis rattrape celui lancé. Puis elle fait la même chose avec un second et ainsi de suite tout en conservant les précédents dans sa main. Il existe de nombreuses variantes avec des lancers plus complexes (récupérer le caillou sur le dessus de la main par exemple). Ce jeu s’apparente beaucoup au jeu des osselets.

Une directrice d’école m’a donc parlé d’un jeu… dont le nom restera hélas un mystère. Pour ce jeu birman, il y a deux rôles : les chasseurs et les chassés. Les enfants sont placés en ligne, l’objectif est d’atteindre le côté opposé sans se faire toucher par le chasseur. Le chasseur peut se déplacer uniquement sur les lignes. Chaque joueur chassé devient chasseur une fois qu’il a été touché. Le dernier joueur chassé qui n’a pas été touché est déclaré vainqueur. La taille du terrain de jeu varie en fonction du nombre de participants, et peut facilement atteindre la taille d’un terrain de hand lorsqu’une classe entière participe.Le billard (vu à Inle) : j’ai pu observer une partie dans une maison sur pilotis du lac Inle, où Anastasia m’a appris que le jeu s’appelait Sekaw (hélas je n’arrive pas à trouver trace de ce nom sur internet). Quatre joueurs s’affrontaient avec une dextérité certaine, autour d’un plateau carré. L’objectif : faire glisser des pions plats vers des trous. Le principe semble identique au billard que nous avons l’habitude de pratiquer (des pions de deux couleurs, et un pion rouge plus gros que les autres qui sert à envoyer les pions de couleur dans les trous, comme la boule blanche, enfin un pion blanc à faire rentrer en dernier qui s’apparente à la boule noire). Le jeu se pratique sans queue de billard, il faut utiliser ses doigts pour mettre une sorte de « pichenette » afin de propulser les pions de couleur vers le trou souhaité. Le plateau est glissant, il faut donc bien doser et trouver l’angle idéal pour réussir. Cela ressemblait à une partie de Carrom, à la différence que le plateau de jeu ne présentait pas de marquage.

Un projet plein de surprises… on vous en dira plus sous peu

Pour la première fois, une école française a été impliquée dans ce projet. Si ce type de partenariat aurai dû voir le jour en 2018, l’opportunité s’est finalement présentée plus tôt que prévu. Et du coup, cela a permis d’expérimenter une nouvelle forme de collaboration dans laquelle il est question d’échanges de dessins, mais pas que. Je garde encore un peu de suspense, le temps de finaliser la restitution auprès de la classe concernée.

Envie de revoir toutes les photos du projet ?

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Commentaire (1)

  1. REPLY
    Sophie dit

    Merci pour toutes ces infos !
    Le jeu mystérieux me rappelle la balle aux prisonniers (dodge ball)
    Est ce que ce serait le “balon pouk” décrit dans ce site ?
    https://study.com/academy/lesson/traditional-games-in-myanmar.html

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