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Maroc : un nouveau type de ballon vient compléter la collection

Salam سلام

Pour la première fois de sa jeune existence, Ballons sans frontière a posé ses ballons (et ses bagages… ou l’inverse) sur le continent africain. Et plus exactement au Maroc, où le 18 mars 2017, le collège Nablous de Taghazout nous a ouvert ses portes.

Petit village de pécheurs situé à une quinzaine de kilomètres au nord d’Agadir, Taghazout devient au cours des années 60 une destination fréquentée par la génération hippie en quête de vagues. Aujourd’hui, nombre de surfeurs européens s’y rendent en hiver pour profiter des nombreux spots : le cadre naturel, le panorama, la chaleur et la diversité des spots permettent de satisfaire les surfeurs de tous niveaux, ainsi que les amoureux de nature. Evidemment, avec le temps, le bouche à oreille a modulé la tranquillité de ce village, où se côtoient désormais boutiques de sport, marchands et artisans locaux. Quiétude et décontraction sont encore de mises… mais jusqu’à quand ? (voir en fin d’article le projet de Taghazout Bay).


Accéder à une école n’est jamais simple, et cette étape de Ballons sans frontière en est une belle illustration. C’est en retrouvant Polina, une pote rencontrée l’année précédente dans ce même village, que se met en place une succession de rencontres qui me mèneront jusqu’à l’école. Je vais vous conter son déroulement atypique (mais dont je garde un merveilleux souvenir) avant de vous en dire plus sur l’échange des ballons.

Le cheminement pour accéder à l’école

Polina vit au Maroc depuis 2 ans. D’origine russe, elle pratique le surf depuis quelques années et s’est bien intégrée dans la communauté de surfeurs pour laquelle elle est photographe. Très sociable, elle connaît beaucoup de monde. C’est à la terrasse d’un café que nous nous retrouvons. Elle me présente un de ses amis à qui elle a parlé un projet Ballons sans frontière. Celui-ci travaille pour la communauté rurale de Taghazout (celle-ci regroupe les villages environnants) et nous explique qu’il n’est pas possible de se rendre directement à l’école sans y être invité. Emballé par le projet, il nous met en contact (Polina et moi) avec le secrétariat de la communauté de communes. Nous y sommes attendus 30 minutes plus tard. Après avoir rencontré le Secrétaire, et expliqué le projet, celui-ci nous demande de patienter une nouvelle demi-heure afin d’être reçu par le Président de la communauté de commune (là ça ne rigole plus !). Une heure s’écoule avant que nous soyons conviés dans le bureau du Président, en pleine réunion avec plusieurs de ses adjoints et conseillers. Un peu mal à l’aise au vu de la situation, nous sommes très rapidement mis en confiance par le Président qui nous fait nous asseoir et nous demande de lui expliquer le projet. Il prête attention à mes explications et entre deux signatures de documents, essaye d’en savoir plus sur les projets passés. Entre temps, deux assistantes nous servent un thé et des gâteaux marocains. Nous avons passé une heure dans ce bureau à échanger avec le Président et ses conseillers, bénéficiant d’une écoute sincère et d’un accueil vraiment chaleureux. Au moment de nous quitter, le conseiller “jeunesse et sport” me demande de le rejoindre le lendemain matin à 8h afin que nous allions rendre visite au Directeur de l’école.

L’échange des ballons

Perchée sur les hauteurs du village de Taghazout, le collège Nablous offre une vue imprenable sur la côte atlantique. Les enfants scolarisés ont entre 11 et 17 ans.

Comme convenu, le Directeur du collège me reçoit et nous passons à nouveau une heure à discuter du projet. J’en profite pour collecter plusieurs informations sur le collège, le système éducatif, l’emploi du temps et la pratique des jeux (bon pour le coup, c’est surtout de sport qu’il est question, les élèves étant déjà au collège). A 9h15, le professeur d’EPS me convie au cours. La séance démarre par un échauffement collectif, avant que les filles ne se dirigent vers le terrain de basket et les garçons vers celui de foot. J’ai l’occasion de parler une bonne demi-heure avec le professeur, observant la séance de foot (celle de basket tardant un peu à démarrer). Hélas, je ne peux m’attarder plus longtemps dans l’école du fait d’autres obligations.

Nous avons procédé à l’échange des ballons après l’échauffement, et j’ai récupéré un ballon de volley (qui vient donc compléter la collection !). Je repasserai deux jours plus tard afin de récupérer un certificat du Directeur justifiant de l’échange des ballons.


Le système scolaire

La loi sur la scolarisation obligatoire a été promulguée en 1963. Elle rend l’école obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 15 ans. Cependant, la réalité est plus complexe, notamment en zone rurale : bien que nombre d’écoles aient été construites, l’accès à celles-ci n’est pas toujours aisé dans les zones reculées. L’école (coraniques traditionnelles ou maternelles) est accessible dès l’âge de 4 ans.

La durée des études se répartie entre :

  • un enseignement fondamental d’une durée de 9 ans, incluant l’enseignement primaire (enfants âgés de 6 à 12 ans) et le secondaire collégial (de 12 à 15 ans). Ce dernier est sanctionné par un examen permettant l’obtention du Certificat d’Enseignement Secondaire,
  • et un enseignement secondaire supérieur, d’une durée de 3 ans (de 15 à 18 ans), avec une année en commun pour les filières techniques et générales, puis une orientation vers un cycle de qualification professionnelle ou un cycle du baccalauréat. Ces deux orientations sont diplômantes,
  • les étudiants peuvent ensuite rejoindre l’enseignement supérieur et intégrer une école ou l’une des 14 universités du Royaume.

Bien que les réformes successives aient permis d’améliorer significativement la scolarisation, les difficultés d’accès à l’éducation demeurent : le nombre d’enfants âgés de 9 à 15 ans n’ayant jamais été à l’école ou l’ayant quittée avant la fin de la scolarité obligatoire s’élevait en 2007, à un million et demi, soit un enfant sur trois de cette tranche d’âge (UNICEF, 2007). Les raisons sont nombreuses : difficultés d’accès aux écoles, coût de la scolarité (si l’école est gratuite, il faut tout de même s’équiper en fournitures scolaires, se loger lorsque l’établissement est très éloigné, se nourrir,…) et l’absence d’aide au travail/de participation aux revenus de la famille pendant la scolarité de l’enfant. Ainsi, moins de 60% des enfants scolarisés atteignent le secondaire supérieur. Ces données sont à mettre en parallèle avec la population totale du pays : 28% des Marocains ont entre 0 et 14 ans.

En plus des fêtes religieuses et jours fériés, les écoliers bénéficient de deux périodes d’une semaine (novembre et avril) et une de quinze jours (en janvier-février) de vacances. Les vacances d’été débutent fin juin/début juillet à la fin des examens (Certificat d’Enseignement Secondaire, équivalent du brevet en France) et la reprise est fixée début septembre.

A Taghazout, les enfants peuvent suivre leur scolarité du primaire au secondaire collégial. Ils doivent ensuite se rendre à Agadir pour rejoindre un lycée technique ou professionnel.

Au collège, les cours ont lieu du lundi au samedi matin pour un volume horaire hebdomadaire oscillant entre 26 et 28h. Si les effectifs sont plus importants, des cours peuvent avoir lieu le samedi après-midi.

Les jeux et le sport

Au collège Nablous de Taghazout, à raison de 2h par semaine, chaque vendredi après-midi est réservé aux activités culturelles et sportives, mais la participation n’est pas obligatoire. Encadrés bénévolement par des intervenants ou les professeurs eux-mêmes, les écoliers peuvent intégrer des « clubs » à thématiques environnementale (plantation de jeunes arbres, nettoyage de plages), civique (droits des citoyens), culturelle ou sportive (3 terrains de sport sont situés dans l’enceinte de l’établissement).

Si le football reste majoritairement pratiqué dans ce collège (et au Maroc en général), le volley et le basketball intéresse également les écoliers.

Une équipe de basket féminine a vu le jour en 2015. Encouragées par l’équipe éducative, plusieurs jeunes filles participent chaque semaine aux entrainements ainsi qu’à des rencontres inter établissement. Le bénéfice est double : i) ne pas réserver l’accès au sport qu’aux garçons, ii) les maintenir dans une dynamique d’apprentissage plutôt que de leur laisser l’après-midi libre, évitant ainsi les sollicitations familiale pour des activités que les enfants ne devraient pas pratiquer. Si l’école est obligatoire jusqu’à 15 ans, c’est pour répondre au mieux au bien-être de l’enfant: ce seuil se calque sur l’âge auquel le développement (croissance, etc.) et l’éducation de base de l’enfant sont estimés achevés. Un enfant qui ne travaille pas aura plus de chance de se développer convenablement, tant physiquement que mentalement, et ainsi de devenir un adulte en bonne santé. La commune de Taghazout apporte un soutien financier et logistique important afin de permettre à cette équipe de participer à des rencontres jusqu’à Marrakech.

Des associations en lien avec des écoles de surf interviennent également pour sensibiliser sur l’environnement, en mettant en avant la protection du littoral. Une action a été menée fin 2015 dans le collège, s’achevant par le nettoyage d’une plage.

Taghazout, un petit coin de quiétude qui s’urbanise grandit bien vite

Thagazout Bay, c’est un projet pharaonique présenté comme  intégré et plaçant le développement durable au cœur du projet. S’il est une fois de plus dommage de voir le littoral couvert de béton (malgré une loi de 2015 interdisant les constructions à moins de 100 m du littoral), on peut se poser la question en quoi la création d’un golf et de millier d’hébergements au cœur d’un espace ultra végétalisé ont un sens dans une zone où les réserves d’eau semblent s’affaiblir… Pour résoudre tous les soucis, on construit une usine de désalinisation… et donc un golf ! Je ne parlerai pas des habitations construites en bord de mer, qui auront certainement les pieds dans l’eau avant leur achèvement.


La crise immobilière passée, les retards de construction continuent pourtant à s’accumuler quand ça ne sent pas tout simplement l’arnaque. Bien que le tourisme soit une source de revenu importante pour le pays et la région d’Agadir, il est dommage de renouveler des erreurs déjà trop souvent commises sur le littoral (européen notamment), et de massacrer un cadre naturel somptueux au profit d’un tourisme de masse.

Envie de revoir toutes les photos du projet ?

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